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Notice sur la vie de Jacques de Mas Latrie

Général Jacques de Mas Latrie

1851-1922

 

 

Le Général de Cavalerie Jacques Marie Armand de Mas Latrie, né à Paris le 23 Janvier 1851, est mort à Cannes le 20 Janvier 1927. Il avait épousé le 14 Juillet 1877, Marie Moissonet, fille d'un grand médecin de Paris. Elle est morte à Cannes en Juillet 1922. Ce ménage n'a pas eu d'enfants.

 

Jacques de Mas Latrie a fait de brillantes études au Collège Stanislas à Paris. Entré à Saint Cyr promotion Suez en 1868, à 17 ans, il en sortit le premier de la section de cavalerie en Juillet 1870, et fut nommé sous-lieutenant au 7ème Hussards. Il prit part, avec ce régiment, à la guerre de 1870 qu'il termine à l'armée de la Loire comme Capitaine à titre provisoire. Remis Lieutenant par la commission de révision des grades, en 1872, et affecté au 4ème Hussards, il sortait de l'École de Cavalerie de Saumur, le 1er Avril 1873, avec le n° 1, et suivant l'usage, était aussitôt promu capitaine. Il n'avait que 23 ans.

Cette forte avance devait le suivre pendant toute sa carrière (voir détail sur note séparée). C'est ainsi qu'en 1895, promu Colonel à 44 ans, il prenait le comman­dement des 19ème de Dragons à Vienne. Général de Brigade en 1902, commandant la brigade de Hussards de Verdun, puis la brigade de Cavalerie du 7ème corps d'armée, il prit en 1907, le commandement de la 2ème Division de Cavaliers à Lunéville. Général de division en 1909, il fut mis en Octobre 1912 à la tête du l8ème corps d'armée à Bordeaux, et c'est avec lui qu'il partit pour la guerre, au mois d'Août 1914. En 1913, il est choisi comme aide de Camp par Alphonse XII roi d’Espagne lors de sa visite officielle en France. A l’issu de cette visite, le roi, en lui remettant la plaque de son ordre, lui dira : « Je vous donne par amitié un Ordre qui est réservé aux princes de ma Famille »

 

Le Général avait fait toute sa carrière dans la cavalerie. Très beau soldat, cavalier remarquable, il s'était trouvé en 1912 en concurrence avec le Général Sordet pour le poste d'Inspecteur Général de la Cavalerie. Le Haut Commandement militaire était pour lui. Mais le Général Sordet, mieux appuyé politiquement, l'emporta et devint ainsi, en 1914, le chef du grand corps de cavale­rie qui alla opérer en Belgique. On sait ce qu'il en advint. Ce corps fut conduit sans le moindre souci d'économie. Un mois plus tard, il n'existait plus. Après des marches forcées inconsidérées, des évolutions inutiles, si les cavaliers tenaient encore parce que leur moral était bon, les chevaux étaient morts ou hors de service, par suite du surmenage et du manque de soins. Sordet fut limogé. Mais le corps de cavalerie fit défaut à la bataille de la Marne, où il aurait pu jouer le plus brillant et le plus efficace rôle en se jetant dans la trouée qui se révéla entre les 1ère et 2ème armées allemandes. Il y avait là un magnifique champ d'exploitation de la victoire qui, faute de moyens, ne put être mis en œuvre.

Le Général de Mas Latrie fut fort affecté de cette mise à l'écart, qui, au fond, était imméritée. Il avait conscience de sa haute valeur comme grand chef de cavalerie. La politique, une fois de plus, avait fait de mauvaises besognes. Jacques de Mas Latrie était un fervent catholique et la famille ne cachait pas ses convictions royalistes.

Le 13 mai 1912, il écrit à son neveu jean de Mas latrie cette lettre prémonitoire au désastre à venir :

…. si l’on n’a pas voulu de moi pour ce rôle, c’est que ma doctrine nettement offensive au sabre ou à la lance, n’admettant le combat à pied seulement après que l’ ascendants au sabre et en masse sur la cavalerie adverse aura été pris, est rejetée et que les entours du ministre n’en veulent pas, parce qu’ils n’ont pas la foi et aiment mieux la défensive qui leur permet de se mettre en réserve loin en arrière des troupes et de suivre sur les grandes cartes, voire même en voiture seul cheval que nombre de nos généraux peut supporter.

            En défendant mes convictions, je me mets en opposition avec les grands chefs (sauf le général Pau qui seul à protesté contre la baïonnette donnée à toute la cavalerie comme un emblème de la défensive) et ne puis rien obtenir.

            Sincèrement, au point de vue amour propre, c’est dur, après 10 ans de frontières, de se voir passer sur le dos par ton ancien lieutenant-colonel…..

            En novembre 1912, le Général Lyautey confiera à un autre de ses neveux,  Dominique de Mas Latrie, (le futur général d’artillerie): « Mas Latrie fait le sceptique, mais il ne l'est pas. C'était, sans conteste, le plus qualifié pour commander la cavalerie. On le regrettera ».

            Plus tard c’est le général Weygan qui dira au même Dominique de Mas Latrie : « Mas Latrie a manqué à la cavalerie en 1914. Il connaissait admirablement le maniement de son arme et, à sa tête aurait montré autrement de capacité que Sordet, ou n'importe quel autre général de cavalerie ».

            En 1911, sur des bruits de guerre, Jacques de Mas Latrie, dans une lettre adressée à Dominique, avait eu cette belle formule : « Nos sabres sont prêts »

 

Le 18ème Corps d'Armée, d'abord en Lorraine, fut affecté à la 5ème Armée, commandée par le Général Lanrezac. Il se battit ni mieux ni plus mal qu'un autre pendant tout le mois d'Août. Mais le Général Lanrezac se trouva en difficulté avec l'armée anglaise qui devait couvrir sa gauche, et dont le chef, le Maréchal French, ne pensait qu'à battre en retraite, et, par une tactique souvent renou­velée depuis, à se rapprocher des ports d'embarquement pour l'Angleterre. Il était digne de tous les reproches, mais il se plaignit à son gouvernement des termes un peu vifs employés par le Général Lanrezac à son égard. Finalement, le Général Lanrezac, malgré sa valeur, fut sacrifié. Il entraîna dans sa disgrâce quelques-uns des commandants de corps d'armée sous ses ordres, et parmi eux, le Général de Mas Latrie.

 

Il avait souffert de ne pas être désigné comme tel en 1912, et avait accepté à contrecœur le commandement d'un corps d'armée. Au mois d'Août 1914, il avait encore doublement et amèrement regretté d'être muni d'un comman­dement qui n'était pas fait pour lui, et de voir la cavalerie française annihilée par l'incapacité d'un chef démuni des qualités requises pour la bien conduire, alors que lui, et beaucoup d'officiers en ont témoigné, les possédait toutes : vigueur, coup d'œil sur le terrain, esprit de décision rapide, souci de ménager les effectifs, par la connaissance approfondie qu'il avait du cheval, cet outil essentiel du cavalier et de ses possibilités.

 

Pendant l'année 1915, on lui confia l'inspection des dépôts de cavalerie de l'ouest puis, un peu avant l'heure, il passa au cadre de réserve.

 

C'est à Arcachon qu'il attendit la fin de la guerre avec le sentiment que ses capacités étaient restées sans emploi. Il se fixa ensuite à Cannes, où sa femme et lui moururent successivement en 1922 et 1927.

 

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