dimanche 28 novembre
Abu Gosh - Basilique du Saint Sépulcre
Entre Abu Gosh et la Basilique du Saint Sépulcre il y a 12 kilomètres que je ferais en plus de 3 heures
A moitié chemin, nous avions déjeuné chez un chef de bédouins appelé Abou Gosch, fameux scélérat qui n’a tué que 10 ou 12 personnes mais qui aime beaucoup les européens. Notre consul chez qui nous avions dîné à Jaffa nous avait donné des lettres pour lui, aussi nous accueillit-il fort bien et nous fit il apporter de suite, à la manière orientale des pipes du café des confitures des fruits etc.
Voila ce qu’écrivait Louis à son père en 1845 alors qu’il allait arriver à Jérusalem.
J’imagine donc que ce chef bédouin a donné son nom à ce village, resté à forte majorité arabe. Ce que ne savait pas ou ne mentionne pas mon ancêtre c’est que à cet endroit, se trouvait une magnifique église croisée du 12 éme siècle, abandonnée depuis de nombreux siècles menaçant de tomber en ruine et livrée au parcage des chèvres et des moutons. Quelques cinquante années après le passage de Louis, le représentant de l’empire ottoman à Jérusalem a donné à la France sur demande du consul cette église en échange d’une autre église qui avait été prise par les orthodoxes. Ce sont des moines bénédictins qui ont accepté de venir fonder une communauté pour restaurer cette église. Au début du 20 éme siècle, ceux ci ont construit un couvent qui abrite aujourd’hui une dizaine de moines et une dizaine de sœurs. Les réfections se sont terminées il y a seulement quelques années par la découverte et la rénovation de magnifiques fresques fort bien remises en valeur par une filiale de Vinci. A mon arrivée au monastère, je suis reçu par le frère Olivier qui me propose immédiatement nourriture et logement pour la nuit. Comme tous les moines rencontrés ces derniers jours, le frère Olivier respire foi, sagesse, bonté et amour du site sur lequel il travaille depuis 28 ans.
Je suis asses ému car c’est la dernière soirée de mon périple, ma chambre d’hôte est spacieuse et confortable, pour la dernière fois, je procèderai a ce qui et pour moi le plus mauvais moment de ma journée faire ma lessive, c’est la première chose que je m’oblige à faire lorsque j’arrive dans une chambre avant de prendre une douche et quelques moments de repos.
A 18 heures, j’assiste aux vêpres l’église est une véritable splendeur de pureté architecturale et de sonorité. Comme nous sommes à la veille du premier dimanche de l’Avent, la cérémonie commence dans la crypte où jaillit une source d’eau pure qui avait été choisie au XI éme siècle par les croisés pour être le site d’Emmaüs où le Christ ressuscité est apparu. La cérémonie se poursuit dans l’église nous sommes seulement quelques civils, les moines et les sœurs se faisant face de part et d’autre du chœur chantent alternativement des psaumes, je n’avais jamais rien entendu de plus beau et de plus pur. Vers 19 heures dîner chez les moines en silence, nous sommes trois civils, un jeune français venu pour une année informatiser la bibliothèque du monastère, un jeune israélien d’origine arménienne venant régulièrement se ressourcer au monastère et moi. Après dîner, nous assistons à complies. Cérémonie tout aussi magnifique avec les seuls moines, qui se termine par une prière à la vierge. Cela aura été ma dernière soirée mais de loin la plus intense.
Le lendemain matin, je refais et boucle cérémonieusement mon sac, lace avec émotion mes chaussures que je porte depuis le début de ma marche et prends mon petit déjeuner avec le jeune français et une française qui vient ici tous les ans une dizaine de jours en retraite. Pour la première fois je prolonge mon petit déjeuner, aucune envie de partir et peur d’arriver. Après une dernière visite à l’église et mes adieux au frère Olivier je me décide tout de même à prendre la route, il est 9h30. A la sortie du couvent je fais pour la dernière fois ce que j’ai fait tous les matins et que je considère comme étant le meilleur moment de ma journée : je compte mes trois premiers pas.
Je ne suis qu’à 12 kilomètres de Jérusalem toujours en longeant l’autoroute sans intérêt sinon le paysage de forêt de pins et le fait de terminer sur ce que j’aime, une longue montée. Comme toutes les villes, la Jérusalem moderne est longue à traverser, enfin, j’aperçois les murailles de la vieille ville ou je rentrerais par la Porte Neuve je marche de plus en plus lentement dans le dédalle des rues étroites avant d’arriver à la basilique du Saint Sépulcre qui me déçoit passablement. A l’intérieur, c’est sombre chargé et laid le mausolée du Christ en marbre est un sommet du mauvais goût 19éme siècle. Je suis très loin de la pureté de l’Eglise de la Résurrection d’Abu Gosh.
Comme c’est tout de même le but de mon voyage, je visite l’intérieur du mausolée sous le contrôle d’un cerbère pop orthodoxe qui nous fait passer quatre par quatre pendant deux minutes. Je passerai avec trois femmes orthodoxes au bord de l’hystérie. Après cela je me réfugie dans un coin de l’église pendant une messe orthodoxe dont je suis avec une vieille bonne sœur le seul fidèle. Parti dans mes pensées je croise machinalement les jambes, la sœur m’interpelle de l’autre cote de l’église pour me demander de les décroiser. Excédé, je sors sur le parvis de la basilique, le soleil est la, je m’assieds sur une marche dos au soleil pour me réchauffer les reins une de mes positions favorites lors des poses en montagne, je passe un coup de téléphone à Geneviève et me replonge longuement dans mes pensées, les détails de mes six mois de marche me reviennent par flash ; je suis arrivé, à Jérusalem.
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