CORDON - JERUSALEM 2004 - Carnet de voyage

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du mercredi 10 au vendredi 19 novembre
Qara - frontière jordanienne

Il y a entre Qara et la frontière jordanienne 220 kilomètres que je ferais en 7 jours de marche, plus 3 jours de visites.

 

                     La station service dans laquelle j'ai couché le soir du mardi 9 novembre était à 5 kilomètres environ de Qara. Je rentre dans ce gros bourg pour aller visiter tout d'abord  Saint Serge et Bacchus, une vieille église orthodoxe renfermant des fresques datant de l'an 1000. Le pope qui me fait visiter, me montre avec insistance l'endroit où je dois déposer mon obole et me demande ensuite si j'ai bien mis de l'argent syrien, ce qui à le don de m'agacer quelque peu. Puis, en dehors du village, le couvent catholique Saint Jacques où mon projet était de passer la nuit. Un des plus anciens monastères de la région, bâtit sur un ancien fort romain, mais entièrement rénové, ce qui lui enlève une bonne partie de son charme. Enfin, de retour dans le village, je voulais visiter la grande mosquée, ancienne Cathédrale Saint Nicolas du VI ème siècle, qui fut transformée en mosquée en 1266. Mais, là impossible de trouver le possesseur de la clef.

          La route toujours aussi monotone longe l'autoroute. Arrivé à Nabek, je prend un bus pour me rendre au couvent de Marmoussa situé dans la montagne à 15 kilomètres de là. Dans un paysage de désert et de montagne, le taxi me dépose au pied d'une falaise, il y a 1/4 d'heure de monté pour atteindre, perché tel un nid d'aigle, ce magnifique monastère, qui lui, a conservé tout son charme. Le père Paolo, jésuite italien, a depuis 1982 rénové ce monastère et travaille avec la communauté religieuse qu'il a fondé, d'une part au rapprochement de l'islam et de la chrétienté, d'autre part au rapprochement entre les différentes communautés chrétiennes. A mon arrivée, lorsque je lui dis que je me rends en pèlerinage à Jérusalem, ce grand gaillard jovial, me prend dans ses bras et m'embrasse. Le couvent reçois des hôtes, nous sommes 7, un couple de français, un norvégien et son fils, un néo-zélandais, et un syrien. Le logement en dortoir est rustique mais je peux faire mes deux jours de lessive et prendre une douche ce que je n'avais pu faire hier soir. A 7 heures prière puis messe dans une superbe chapelle, des fresques ont été remises à jour. On se déchausse avant d'entrer dans la chapelle qui est jonchée de tapis, et on est assis par terre comme dans une mosquée, comme seul éclairage des bougies. Les prières durent assez longtemps, suivi par une longue période de silence et de prière individuelle, je commence à m'endormir. La messe sera dite par le provincial des jésuites pour tout le proche orient en tournée. Le père Fadel est égyptien. Seule concession il a gardé ses chaussures et est assis sur un petit tabouret car même l'hôtel est à même le sol et, le père Paolo comme les moines et les soeurs sont tous assis par terre. La communion se fait sous les deux espèces on se passe une galette coupé en morceau puis un ciboire rempli de vin. Le tout se termine à 21h 30 par un dîner pris en commun, fromages, tomates concombres, olives, homos, confitures, fruits et tisanes tout cela produit sur place. Rien n'est demandé en échange, l'obole est à la discrétion des hôtes. Le lendemain, je prend le petit déjeuner avec le père Fadel, homme charmant, inspirant calme et bonté, il parle un français parfait, appartenant, dit il, à une génération qui a appris le français à la maison. Il fait régulièrement la tournée de tous les jésuites de son immense territoire allant de l'Egypte à la Turquie et constate lui aussi une régression de la chrétienté face à l'islam dans cette région du monde. A la question de savoir s'il est d'usage de dire des messes de cette façon, il me répond que non mais qu'il faut faire avec la personnalité du père Paolo.

             Après Nabeck, je quitte la route principale pour m'enfoncer par une petite route en terre chrétienne à l'intérieur du massif du Qalamoun. Au début, quelques cultures puis au fur et à mesure où l'altitude augmente, le paysage devient de plus en plus aride. Seul pendant une grande partie de la journée, aucune voiture ne s'arrête pour me proposer de monter comme si un accord tacite respectait ma volonté de marcher. En fait, après cette nuit passée à Mar Mousa, me dirigeant sur ma route de Damas vers ceux de Maaloula puis de Saidnaya, dans cette solitude et ce paysage aussi aride que magnifique, je ne me sens plus le marcheur qui s'est fait le pari d'atteindre Jérusalem à pieds mais, bel et bien un pèlerin avec ses bâtons et son sac. Après un passage à 1600 mètres d'altitudes, la route descend sur le monastère Saint Serge de Maaloula où je suis accueilli par le père Toufic, un libanais qui me donne une chambre et me dit que en tant que pèlerin, je serais son invité à dîner. Douche, lessive et repos pendant que les derniers touristes visitent les lieux. Comme il y a deux jours, un violent orage qui m'avait suivi une partie de la journée éclate en début de soirée, lorsque je retrouve le père Toufic et le père Joseph, un autre libanais qui lui est le curé du village et n'habite donc pas le monastère. Les deux hommes ont l'habitude de dire une prière ensemble tous les soirs, je me joins à eux. Le village est composé à 80 pour cent de chrétiens, 3000 catholiques, quelques orthodoxes, mais le village se dépeuple, les jeunes partent pour se fondre dans les grandes villes. Dîner toujours très frugal de galettes avec un peu de viande hachée, de fromages et yaourt, concombres, olives et tomates. N'étant bavard ni l'un ni l'autre, nous parlons peu mais je garde un excellent souvenir de ce dîner en tète a tète avec ce moine chrétien libanais, dans ce monde musulman.  Après dîner nous regardons la télévision l'évolution de la situation après la mort de Yaser Arafat.

          Le père Toufick m'avait donné rendez vous à 8h car il voulait que nous prenions le petit déjeuner ensemble, c'est donc après une grâce matinée que je le rejoins. Sur la table, des aubergines confites, des tomates, concombres et olives, toutes sortes de fromages, du yaourt, des confitures de figues et d’abricot ,du miel, et selon le père Toufick, l'évangile dit que lorsqu'on est invité, on ne doit pas tout manger mais manger de tout, c'est donc un copieux déjeuner que nous faisons ensemble. Après m'être recueilli un bon moment dans la magnifique chapelle du couvent, je descendrais par un étroit boyaux dans la falaise, le défilé de Sainte Thecle, passerais devant un autre couvent orthodoxe celui là avant de traverser le village de Malloula, accroché a la montagne. Je ne serais pas accueillis de la même façon dans mon dernier monastère, celui de Saydnaya, il faut dire qu'il est immense, bâti sur les contreforts de la montagne, il est entouré de hauts murs qui lui donnent l'aspect d'une forteresse. Tenu par des soeurs orthodoxe, on m'octroie une chambre puis je n'aurais plus aucun contact. Étant en terre chrétienne je trouverais un restaurant dans le village où, luxe suprême, je pourrais boire une bière.

    Le lendemain, l'étape doit me conduire à Damas, la route compte 28 kilomètres mais mon GPS m'indique 20 kilomètres en passant par la montagne. Voyant une petite route franchissant un col pile dans l'axe de ma direction, je décide de quitter la route principale et d'aller tout droit. Une heure après, en arrivant au col, je tombe sur une guérite militaire, le garde affolé de me voir me tiens en joue avec sa mitraillette dont il actionne à plusieurs reprise l'armement en faisant des aller retour vers la guérite. Quelques minutes plus tard deux véhicules militaires arrivent en trombe, on fouille intégralement mon sac, j'ai peur pour mon GPS mais je pense qu'il le prennent pour un portable, on m'interroge sur ce que je fais là, j'essaie de m'expliquer du mieux que je peu, montre mon passeport mes cartes, j'arrive à les convaincre que je ne suis pas un espion israélien et ils se confondent en excuse lorsqu'il deviennent persuadé que je suis bien français. Il faut dire que en Syrie, la France, Napoléon, de Gaule, Jacques Chirac et Zinedine Zidane sont autant adulés que Bush, les américains et les israéliens sont détestés. On me retiens, me fait asseoir sur un lit bancal en attendant que le café soit prêt, on me demande si j'ai faim. Après avoir bu un café, l'officier me propose de me ramener sur la nationale. Quelques temps plus tard, me doublant en rentrant vraisemblablement sur Damas, il me demande si je veux toujours marcher, j'apprécie la question qui me permet de lui répondre oui.

              Comme toutes les grandes villes l'entrée dans Damas est, comme le sera la sortie, longue et pénible. Je tombe mal à Damas ou je voulais rester trois jours, ce sont les fêtes de fin de ramadan et tout est fermé, les rues sont vides, les échoppes du souk fermées sauf celles des chrétiens. Je pourrais tout de même visiter le musée, la grande mosquée et de nombreux bâtiments mais, je décide  de raccourcir mon séjour dans la ville sans en connaître les bruits et l'effervescence que tous les touristes rencontrés m'ont vantés. Je passerais une demi journée dans le quartier chrétien, ou j'assiste a une messe catholique grecque, le prêtre tourne le dos au public, procession dans l'Église à grand renfort d'encens, pas de serre main et communion sous les deux espèces, hostie trempée dans le vin, tout pour plaire au nostalgique que je suis! 

               A Damas je croise aussi le souvenir de mon parrain, Jacques de Mas Latrie et de son frère Robert qui se sont retrouvés là en 1941, l'un je crois était dans l'armée régulière restée fidèle au Maréchal Pétain, l'autre était avec les Forces Françaises libres du général Catroux. Tout deux oeuvraient pour la même cause, conserver l'influence française dans cette partie du monde face aux coups bas porté par la Perfide Albion (sorry Diane)         

             La route qui me mènera à la frontière jordanienne est longue droite et sans intérêts. J'aurais toutefois par deux fois, l'occasion de coucher chez l'habitant. Chez Walid le premier soir, même gentillesse, même pièce de réception, même ribambelle d'enfants qui passent la fin d'après midi avec moi et qui sont ravis de se faire prendre en photos, même dîner assis par terre, même voisins qui viennent palabrer ce que j'apprécie car la télé est éteinte, on m'emmènera aussi a une soirée de mariage. Chez Eiad le second soir où j'aurais une vision différente. Eiad a 23 ans, il est professeur d'anglais dans un collège à l'intérieur duquel les élèves m'avait emmené quasiment de force pour me présenter à leur professeur. Il est le fils aîné d'une famille de 10 enfants, à ce titre il a droit à tout les égards et se fait complètement servir par ses deux jeunes frères de 14 et 9 ans, il doit en être de même de ses soeurs mais je ne ferais que les apercevoir. Nous faisons la tournée de ses amis où nous sommes toujours reçu dans ce même type de salon qui est en fait la pièce des invités séparée du reste de la maison. Nous dînons à 6 chez l'un d'entre eux, je ne verrais pas une seule jeune fille. Eiad traduit, ils sont avides de connaître mon opinion sur la guerre en Irack et sur Israel, je sens une grande tristesse chez ces jeunes dans le fait que le monde occidental considère les arabes comme des terroristes, la prise de Faloudja a très fortement marqué les esprits. En tous les cas, leur gentillesse leur courtoisie, leur sens de l'hospitalité ne les disposaient sûrement pas à l'être. Je songe au désespoir des iraqiens et des palestiniens à la solidarité arabe et suis inquiet pour l'avenir. Eiad va se marier, il a demandé sa cousine germaine en mariage à sa mère qui a accepté. Il est embetté d'épouser sa cousine mais il l'aime. Tout naturellement je lui réponds et elle t'aime, ce a quoi il me dit qu'il ne serait pas convenable de connaître son opinion sur ce sujet! 

              Avant de passer la frontière avec la jordanie, je prendrais un dernier jour  pour aller visiter le site de Busra, une citée antique avec un magnifique théâtre très bien conservé et un village à l'intérieur des ruines de la citée antique.

             J'ai poussé jusqu'à la frontière jordanienne que je franchirais demain, je suis à vol d'oiseau a 123 kilomètres de Jerusalem, j'entame donc ma dernière semaine qui sera très certainement la plus dense, la plus émouvante et peut être la plus difficile dans cette Palestine en pleine ébullition.



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