du samedi 20 au samedi 27 novembre
frontière Syrie-Jordanie - Abu Gosh (Israël)
Entre la frontière Syrie-Jordanie et Abu Gosh, il y a 250 kilomètres que je ferais en 8 jours
Pas de problème pour passer de la Syrie à la Jordanie sinon que je dois une fois de plus faire un kilomètre en voiture pour rejoindre les deux postes. Je ne resterai que deux jours en Jordanie qui me parait plus développée mieux structurée et plus propre que la Syrie. Peu de chose a en dire sinon que une nouvelle fois, j'ai voulu passer par la montagne pour redescendre dans la vallée du Jourdain et comme d'habitude, mon GPS m'a conduit tout droit sur un poste de militaires qui gardaient un transformateur électrique. Dans un premier temps ils m'ont laissé passer, laissé faire 200 mètres environ et puis, excès de zèle, se sont ravisé et m'ont interpellé. Ils ont téléphoné à leur poste central pour savoir ce qu'ils devaient faire de moi. Ceux-ci, ont demandé à ce que je retourne une vingtaine de kilomètre en arrière pour aller chercher a la ville voisine un sauf conduit des autorités militaires. J’étais bien ennuyé voyant ma journée complètement perdue. J'ai bien essayé de les impressionner en téléphonant à l'ambassade de France qui heureusement m'a passé un traducteur car en fait, j’avais mal compris et j'avais le choix entre aller chercher ce laisser passer ou prendre un autre chemin! Un fermier, colonel en retraite qui passait par la m'a emmené en voiture quelques kilomètres en arrière et en me déposant me dit:
- Moi, je suis obligé de vous déposer la en vous disant d'attendre un bus pour retourner à la ville maintenant si vous prenez ce petit chemin, dans deux heures vous retrouverez la route principale dans la vallée du Jourdain.
Ce que bien sur je me suis empressé de faire descendant la montagne à vive allure de peur non pas des chiens mais d'autres militaires! Descente magnifique sur le Jourdain, dans un paysage pelé avec en face de moi Israël verdoyant.
Le lendemain vers dix heures, je me retrouve au premier poste Jordanien pour passer la frontière avec Israël. Coté jordanien tout se passe bien, coté israélien il a fallu tout d'abord que j'attende un bus pour traverser le pont du Jourdain, 800 mètres et une bonne demi heure de traversée bloqué à l'arrivée par des hommes et des femmes en armes qui contrôlent le car sous tous ses aspects. A la descente du car, je suis repéré sûrement a cause de mon accoutrement par deux jeunes des services de sécurité qui comme disaient mes enfants lorsqu'ils étaient plus jeune, « se la pètent » style Rambo, une oreillette a l'oreille un micro qu'ils entrent dans la bouche pour parler et pour moi une demi heure d'interrogatoire serré:
- Que venez vous faire en Israël?
- Je suis catholique et je suis venu à pied de France pour aller sur la tombe de Jésus Christ.
- Qu’allez vous faire d'autre?
- Ma femme et mon fils viennent me rejoindre et je vais rester 8 jours pour visiter les lieux Saints.
- Qu'allez vous visiter?
- J'en sais rien c'est ma femme qui a acheté un guide et qui prépare notre séjour.
- Que connaissez vous d'autre sur Jérusalem ?
- C'est une ville sainte pour les Chrétiens, les musulmans et les juifs
- Qui avez vous rencontré en Syrie ? Vous a –t’on confie des documents, des choses a transporter?
- J’ai rencontré des gens au hasard dans la rue mais personne ne m’a rien confié. De toute façon en Syrie, il n’est pas question de dire qu’on se rend à Jérusalem.
Une demi heure de questions serrées souvent répétées auxquelles je répondais a peu près toujours la même chose, toujours lie au but de mon voyage, le tombeau du Christ et la chrétienté. Finalement, après m'avoir fouillé et fouillé mon sac, ils me rendent mon passeport et me disent :
- C'est bon, vous pouvez passer le contrôle de police.
Je pense m'en être sorti à bon compte mais, là, je resterai près de 3 heures. La préposée aux passeports, aussi jeune et jolie que peu aimable me dit :
- Asseyez vous là et attendez.
Au bout d'une demi heure, devant son refus de me donner des explications, je commence à m'énerver et lui dit que mon passeport est ma propriété, que je ne veux pas en être séparé et que je demande à parler à un officier. Celui ci m'explique que étant passe par la Syrie, ils font une enquête sur moi qui pendra entre quelques minutes et quelques heures. Régulièrement, on vient me poser des questions sur mon voyage mon itinéraire, les pays et les villes traversées, les dates qu'ils doivent vérifier sur les tampons de mon passeport. Ils vont même jusqu'à me dire:
- Vous dites être venu à pied mais vous êtes passe par Chypre, comment avez vous fait ?!!
Je boue d'impatience me demandant ce que je ferais si j'étais refoulé voyant 6 mois de marche anéanti à quelques kilomètres du but. Je demande a appeler le consulat de France, ils me répondent :
- On vous laissera leur téléphoner si vous êtes refoulé.
Trois heures d'incertitude c'est long, pour réprimer mon angoisse je fais en marchant de plus en plus vite le tour de la salle tel un lion en cage, me faisant rappeler a l'ordre lorsque j'essaie d'étendre ma marche de l'autre cote des portiques de sécurité. Finalement ouf !!!, j'ai le droit de passer, pas un mot d'excuse comme cela avait été le cas en Syrie. Il y avait des Welcome écrits sur tous les murs de la salle, je leur dis que ce n'est pas la peine d'écrire cela s'il ne sont pas capables d'accueillir correctement les étrangers, aucune réaction de leur part.
Lorsque je sors de la douane il pleut, je fais les quelques 10 kilomètres qui me séparent de la ville voisine et trouve une auberge de jeunesse. Je suis à une centaine de kilomètre de Jérusalem, je pourrais y être en trois jours par une route sécurisée mais qui traverses la Cisjordanie, aucune possibilité d'hébergement sauf à rentrer dans les territoires occupés. Je suis en avance sur mon programme, j'ai une carte des auberges de jeunesse, ne voulant pas prendre le risque d'être bloqué ou obligé de prendre un véhicule, échaudé par mon passage de la douane, je décide de contourner la Cisjordanie et de rester en Israël. Il faut dire aussi que j'avais imaginé que les trois ou quatre derniers jours seraient les plus difficiles et les plus longs. En fait il n'en est rien et je me rends compte que je n'ai aucune envie d'arriver mais au contraire de prolonger ma marche. Je dois ressentir la même chose que les navigateurs solitaires lorsqu'ils se rapprochent du port d'arrivée (Christophe, demande à Philippe). Voyage sans grand intérêt, sous la pluie et le froid dans une plaine côtière ou les voies rapides s'entremêlent et pourtant faisant abstraction de tout cela je suis heureux de marcher faisant même une étape de 43 kilomètres. Aucune rencontre intéressante sauf en passant dans la zone aéroportuaire de Tel Aviv, je suis arrêté par un garde de sécurité armé qui me demande mes papiers, je lui demande s'il est de la police il me dit non mais qu'il est charge de la sécurité de la zone. Je lui répond que je suis désole mais que je ne montre mes papiers qu'a la police. Il me laisse partir me double en voiture et au carrefour suivant ce sont deux voitures gyrophares allumés qui m'arrêtent 5 gardes mitraillettes au poings je réitère ma question sur le fait de savoir s'ils sont de la police. Celui qui semble être le chef m'informe qu'il est assermenté et me montre ses cartes d'identité que bien évidement je ne peux interpréter, m'étant suffisamment distrait et ne voulant pas perdre de temps je montre mes papiers. En fait, comme il pleuvait, j'avais mis mon porte carte sous ma veste étanche ce qui faisait un renflement suspect et le gars me dit :
- Vous risquez gros dans ces parages à vous promener comme cela!
Ils me suivront en voiture jusqu'a ce qui devait être leur limite de compétence.
A 45 kilomètres de Jérusalem, je coucherai dans un Kibboutz, ce qui est une expérience, mon appartement était d'une saleté repoussante, les ordures des prédécesseurs jonchant le sol, ils enverrons quelqu'un pour tout nettoyer mais me prendront tout de même 40 Euros pour la nuit ce qui en fait ma nuit la plus chère depuis longtemps.
Le lendemain samedi, je suis sur une petite route secondaire toute droite et en bout je vois un bâtiment qui ressemble à un couvent. Je marcherais avec ce couvent en point de mire pendant longtemps essayant de voir une croix dépassant de la toiture. C'était bien un couvent de trappistes, je regretterai amèrement de ne pas avoir fait hier dix kilomètres de plus. Au couvent, je demande l'hospitalité en disant que je vais faire une quinzaine de kilomètres pour me rapprocher de Jérusalem et que je reviendrai coucher là. Les moines me disent qu’à quinze kilomètres il y a un couvent de Bénédictins qui m'hébergeront sûrement.
Apres ce couvent la route quitte la plaine et monte vers Jérusalem dans un paysage de garrigues et de pins. Vers 15 heures j'arrive dans le village de Abu Gosh.
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