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Du mercredi 3 au mardi 9 novembre
De Hama à Qara
Il y a entre Hama et Qara 109 kilomètres que je ferais en 4 jours de marche et 3 jours de visites.
Sitôt après avoir quitté Hama et ses norias, ce mercredi 3 novembre je retrouve l'autoroute et sa monotonie. Ce jour là, je suis une première fois arrêté et invité à déjeuner par un homme rencontré sur le bord de la route et qui m'emmène chez lui, dans une petite maison très modeste, sa femme me prépare oeufs brouillés, fromages, salade et thé, je suis le seul à manger, nous sommes en plein ramadan. Vers 15h, alors que j'ai fini mon quota de kilomètres pour la journée, un autre homme m'interpelle de sa terrasse et traverse en courant son jardin pour venir me chercher et me ramener chez lui. Là il me propose du thé, à manger et de coucher chez lui, ce que j'accepte avec joie. Je retrouve le même système de famille, le père habite une maison et tous les fils des maisons autour. Très vite, une douzaine d'enfants de la famille sont autour de moi et je passe le reste de l'après midi avec eux. L’aînée une fille d'environ 13 ans parle des rudiments d'anglais et j'arrive à correspondre avec tous ces enfants. Vers 5 heures tout le monde rentre chez soi pour le dîner d'après ramadan. Je dîne avec Mohamed, sa femme et ses trois fils. Nous dînons assis par terre sur des tapis dans le salon, les plats sont posés sur un grand plateau rond métallique et chacun pioche avec un morceau de galette de pain, une cuillère ou une fourchette. Il y a soupe, riz, haricots blancs en sauce, salade et nombreux condiments, pas de viande. Le repas terminé, ce sont les enfants qui débarrassent comme chez Abdoul, je suis émerveillé par la sagesse, la politesse et la serviabilité de ces enfants. A chacun son tour, sur un petit tapis, le père puis le fils font leur prière. Après, la télévision est branchée, un à un les frères, les amis, les enfants viennent rendre visite, aucune femme. On boit du thé puis un espèce de breuvage fait d'herbes venues d'Argentine, l'herbe pilée rempli aux trois quart un verre à thé, on complète avec de l'eau chaude et du sucre et l'on boit de petites gorgées à l'aide d'une pipette métallique, au fur et à mesure on complète avec un peu d'eau et de sucre. Je suis un peu inquiet au début, cela a un goût de thé mais aucun effet hallucinogène ! La soirée s'éternise pour moi, à la télé les feuilletons se succèdent, je songe que ces soirées sont plus que millénaire dans ce pays et que malheureusement la télévision, comme chez nous, a remplacé palabres et histoires, c'est triste. Vers onze heures tout le monde repart et je dors dans le salon.
Le lendemain, je peux faire un brin de toilette ce que l'on ne m'avait pas proposer de faire la veille. Je prendrais en mangeant seul, un copieux petit déjeuner entouré de tous les enfants en partance pour l'école. A 7h30 je suis sur la route et proche de mon étape suivante Homs. Vers 10h, je suis au terminus des bus à l'entrée de Homs, j'ai un car à 12 h pour Palmyre, une oasis dans le désert, à 150 km à l'est.
J'ai donc quatre heures devant moi pour aller jusqu'au centre ville et trouver un dentiste car j'ai une dent en céramique qui s'est décollée. Je trouve un premier cabinet dentaire, où je suis assis dans un fauteuil qui doit dater des années 50 avec tout le système de molettes qu'il y avait en ce temps là. La dentiste, plus âgée que son fauteuil, à la vue de ma dent refuse de me la recoller. Étant à la recherche d'un autre dentiste, je demande à un marchand de journaux qui parle français. Un homme se propose de m'y emmener en voiture. Avant de me déposer l'homme me demande par geste si je dois me faire arracher une dent. A la vue de mon problème, il me fait signe de remonter avec lui. Par ses mimiques, je comprends qu'il a eu le même problème que moi et qu'il m'emmène chez son dentiste. Nous quittons la ville, ce qui commence à m'inquiéter d'autant que dans un village, il prend un chemin en terre et s'arrête devant une maison assez vétuste qui s'avère être la sienne. Il me fait asseoir par terre dans son salon, murs en parpaings sans enduits ni peintures, tapis, matelas par terre et bien sur une télé. L'homme sort une trousse dans laquelle il y a du matériel de dentiste en rigolant de ma surprise il se désinfecte les mains, me désinfecte la bouche avec un produit semble-t-il assez puissant et commence à préparer un ciment dans une tasse à café ébréchée dont il prend soin de gratter et nettoyer les restes de sa précédente manipulation. Je me dis que je suis obligé d'y passer, que je risque au pire une infection et que j'irais voir un dentiste à mon retour en
France. Lorsque la patte commence à prendre, l'homme tartine soigneusement ma dent et, moi assis par terre, lui a genoux devant moi, il me remet tout cela en place. Après séchage, il m'offre un café me demande l'équivalent de 150 euros, ce qui doit être une fortune pour lui et me reconduit au centre ville.
Le soir, je couche à Palmyre. Il faut une journée pleine pour visiter ce site antique qui est certainement le plus beau de Syrie. Je passerais deux nuits sur place et le samedi matin je prend un bus pour Homs puis un autre pour aller visiter le krak des chevaliers, la plus belle place forte que l'on puisse voir en Terre Sainte, un sommet de l'architecture militaire médiévale, visite incontournable pour les fils de croisés que nous sommes. On se croirait en France. Je dois passer le dimanche à Homs car je dois changer de l'argent et faire prolonger mon visa. A la banque où j'arrive en fin de matinée la préposée aux traveller chèques me dit que l'ordinateur est en panne, de revenir demain, je lui répond que demain je ne serais plus là, elle ne peut rien faire et la banque ferme tôt aujourd'hui. Sa voisine est voilée, elle, elle arbore une magnifique chevelure châtain, un collier ras du cou en or et, pendu à ce collier le signe plus qu'ostentatoire de la minorité religieuse à laquelle elle appartient. Je prend un sourire complice et lui dit vous êtes chrétienne, elle me répond bienvenue prend mes traveller's et me les change avec le sourire. Elle était catholique romaine.
Pour la première fois depuis mon départ je suis vraiment malade, depuis quelques jours mes intestins sont en état d'insurrection ce qui se concrétisera par une espèce de gastro-entérite toute la nuit. Au matin, je suis incapable d'avaler autre chose que du thé mais en bonne forme physique pour marcher ce qui est l'essentiel. Après Homs l'autoroute est heureusement doublée par une route secondaire ce qui est plus agréable pour la marche. La route prend insensiblement de l'altitude et j'aurais vite sur ma droite les montagnes du Liban. Je rentre dans le massif du Qalamoun, foyer chrétien où certains villageois parleraient encore l'araméen. J'ai dans mon programme d'aller de monastère en monastère jusqu'à Damas. Malheureusement ma première étape sera compromise par un violent orage qui s'abat sur moi au moment où par chance, je passe devant une station service. J'y demande asile ce qui est accepté avec gentillesse par les quatres employés qui se relaient 24h sur 24 pendant 4 jours d'affiler pour tenir les pompes à essence et la petite épicerie. L'endroit est assez sale et vétuste mais dans la guérite il y a une télévision avec satellite, nous suivrons l'évolution de l'état de Yasser Arafat sur LCI, le journal de France 2 et les télévisions arabes. Nous dînerons ensemble, assis par terre dans le bureau, réfectoire, dortoir, ils me laisseront le meilleur lit après avoir remis en état et en route un poil à mazout. Je ne passerais pas une très bonne nuit entre les allées et venues des uns et des autres et la radio qui marche toute la nuit mais ces gens sont tellement gentils et accueillants. Le lendemain, il fait très beau, l'orage a lavé le ciel, je ferais une toilette malgré le froid et repartirais après des adieux chaleureux vers les monastères du Qalamoun.
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